clin d'œil féminin

Beaucoup de préjugés, de prétentions, de divagations et de mensonges ont désorienté les femmes et les hommes

Plumes de femmes

*Ahlem Mostaghanemi. la poètesse du désir

«Je suis l’écrivaine du désir et non pas du plaisir comme j’aime à le répéter», nous a avoué l’auteure de La mémoire de la chair.

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Beaucoup de monde attendait jeudi après-midi du côté du stand Sédia au Sila. Et pour cause, la diva du roman arabe sait se faire désirer. Avec une demi-heure de retard, nous eûmes le temps de discuter un peu avec une des filles qui tiennent le stand. Celle-ci nous avouera que ce Salon est de loin le pire qu’elle a connu.

«L’humidité, il l’ont réglée le deuxième jour en nous remettant un bac en plastique, voilà comment ils ont procédé. Car, il faut voir l’eau qui coule sur les livres, le soir venu. La Safex c’était nettement mieux», avouera notre interlocutrice. Tout le monde s’interroge sur le livre de Ahlem Mostaghanemi.
Depuis quand écrit-elle en français? Le livre Dakirat El Djased vient, en effet, d’être traduit en langue française et publié aux éditions Sédia. La reine du roman arabe comme s’est plu à la considérer la ministre de la Culture, se plie difficilement à nos questions tant le public est venu nombreux à sa rencontre, nous sommes repartis pour la laisser seule avec lui pour pouvoir enfin lui dédicacer son livre. Après sa grande sortie médiatique au stand du ministère de la Culture, le phénomène Ahlem Mosteghanemi sort de son silence, elle qui refuse toute interview à la presse. Elle se permet donc cette petite incartade pour nous filer quelques mots «volés» à la hâte. «Je suis très heureuse d’être pour la première fois en contact avec mes lecteurs francophones. C’est ce qui me manquait. Beaucoup m’aiment sans avoir lu mes romans. Pour moi, la plus proche langue après l’arabe, est la langue française vu que je lis beaucoup aussi bien dans cette langue, même si je serai traduite en anglais ou en japonais», confie-t-elle en arabe, avant de s’aviser comme une sorte de prise de conscience et se met naturellement à parler français.
Elle, qui préférait au départ nous parler dans la langue d’El Moutanabbi, esquisse sa confidence dans la langue de Molière. Une obligation de marketing sans doute. «J’espère que mes lecteurs francophones seront fiers de moi, car j’écris sur l’histoire de la guerre d’Algérie.» A propos de son écrit très sensuel, l’écrivaine fait remarquer: «Je n’ai cassé aucun tabou, il y a tout au plus un seul baiser dans mon roman. J’estime que j’ai plutôt embelli la langue arabe. J’écris comme je parle. Je parle d’amour, je suis l’écrivaine du désir et non du plaisir comme je l’ai toujours dit. Mais je ne le proclame pas comme un slogan… C’est avec le désir qu’on fait de la belle littérature.» Et d’ajouter: «Le titre de mon roman Mémoire de la chair n’est qu’un jeu de mots. J’aime jouer avec les mots vu que je suis écrivaine, mais je ne le fais pas pour vendre. Il y a d’autres qui choisissent des titres plus commerciaux. Ce n’est pas mon cas. Moi, j’ai choisi un titre qui ressemble à ce que j’aime, à mon langage.» Alors, Ahlem Mosteghanemi prête à séduire le public universel? «Je vous jure que ce qui m’intéresse est le public algérien, rien que ça. Je m’en fous complètement de la traduction dans le monde. Pour moi, un écrivain est égal à la cause qu’il défend et pas aux nombres de langues dans lesquelles il est traduit. C’est ça qui fait mon prestige.» *cliquer ici: Ahlem Mosteghanemi

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Tricoter pour enseigner les mathématiques

Sara Jensen — 30 août 2018 à 16h59 — mis à jour le 31 août 2018 

On associe trop souvent les mathématiques au calcul, alors que leurs vrais enjeux, pensée critique et résolution des problèmes, peuvent être accessibles à tous. Il suffit du bon outil de médiation.

En tricotant eux-mêmes écharpes et bonnets, les élèves découvrent la géométrie sous un autre angle. | Photo Foundry via Pixabay CC0

**En tricotant eux-mêmes écharpes et bonnets, les élèves découvrent la géométrie sous un autre angle.

Un jour enneigé de janvier, j’ai demandé à des étudiants de me dire quel était le premier mot qui leur venait à l’esprit lorsqu’ils pensent aux mathématiques. Les deux mots les plus cités ont été «calcul» et «équation». Lorsque j’ai posé la même question à une salle remplie de mathématiciens professionnels, aucun de ces deux mots n’a été prononcé; ils m’ont parlé «pensée critique» et «résolution de problèmes».

L’expérience n’est pas très étonnante. Ce que les mathématiciens professionnels considèrent comme des mathématiques n’a rien à voir avec l’image que s’en fait la population générale. Alors que tant de gens évoquent les mathématiques comme une discipline cantonnée au calcul, il n’est pas étonnant que nous entendions si souvent dire: «Je déteste les mathématiques».

J’ai donc décidé de m’emparer de cette question d’une manière peu conventionnelle, en proposant un cours intitulé «Les mathématiques du tricot» dans mon établissement, le Carthage College. Durant les séances, j’ai choisi de supprimer tout recours aux crayons, papiers, calculatrices (gloups!) et manuels scolaires. À la place, nous avons discuté, fait des travaux manuels, dessiné et joué avec toutes sortes d’objets –ballons de plage ou mètres de couture, par exemple. En guise de devoirs personnels, nous avons nourri notre réflexion en tenant un blog commun. Et bien sûr, nous avons tricoté.

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**Équations en question

L’équation est au cœur des mathématiques; et dans une équation, le signe égal joue un rôle crucial. Une équation comme x=5 nous dit que le x tant redouté, qui représente une certaine quantité, a la même valeur que 5. Le nombre 5 et la valeur de x doivent donc être exactement les mêmes.

Le sens du signe égal est très strict. Qu’il y ait la moindre petite entorse au terme «exactement», et cela signifie que les deux choses mises en équation ne sont pas égales. Cependant, il arrive souvent, dans la vie de tous les jours, que deux quantités, sans être exactement les mêmes, soient équivalentes au regard d’autres critères.

Imaginez, par exemple, que vous disposiez de deux coussins carrés. Le premier est rouge sur le haut, jaune sur le côté droit, vert en bas et bleu à gauche. Le second est jaune en haut, vert sur son côté droit, bleu en bas et rouge à gauche. Ces coussins ne sont pas exactement les mêmes. L’un a un sommet rouge, l’autre en a un jaune. Mais ils sont similaires, sans l’ombre d’un doute. En fait, ils seraient exactement les mêmes si vous appliquiez au coussin avec le sommet rouge une simple rotation dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.

De combien de façons différentes pourrais-je disposer le même coussin coloré sur un lit de façon à ce qu’il semble chaque fois différent? Un petit exercice permet de démontrer qu’il existe 24 configurations de motifs possibles avec un même jeu de couleurs, dont huit sont observables en déplaçant le coussin.

Les élèves l’ont démontré en tricotant des coussins, composés de deux couleurs, à partir de diagrammes de tricot. Ils ont créé des patrons de tricot carrés dans lesquels les huit mouvements du tableau ont donné à chaque fois une image différente. Ces images ont ensuite été tricotées dans un coussin où leur équivalence pouvait être démontrée en déplaçant réellement le coussin.

**Géométrie et caoutchouc

Un autre sujet que nous avons abordé est ce que l’on appelle la «géométrie du caoutchouc». Il s’agit d’imaginer que le monde entier est fait de caoutchouc, puis de transposer cette idée sous la forme de figures géométriques.

Essayons de comprendre le concept avec le tricot. Pour tricoter des objets ronds –comme des chapeaux ou des gants– on peut utiliser des aiguilles à tricoter spéciales, appelées aiguilles à double pointe. En cours de fabrication, le chapeau est mis en forme par trois aiguilles, ce qui lui donne une forme triangulaire. Puis, une fois les aiguilles retirées, le fil extensible se détend pour former un cercle, et l’on reconnaît la forme caractéristique du chapeau.

C’est le concept que la «géométrie du caoutchouc» tente de saisir. D’une certaine manière, un triangle et un cercle peuvent être identiques s’ils sont faits d’un matériau flexible. En fait, dans ce domaine d’étude, tous les polygones deviennent des cercles.

Mais si tous les polygones sont des cercles, quelles sont les formes qui permettent de les différencier? Il y a quelques traits qui se distinguent, même lorsque les objets sont flexibles –par exemple, si une forme a des bords ou non, des trous ou pas, comprend des torsions ou pas.

L’écharpe infinie, par exemple, n’est pas équivalente à un cercle. Pour créer une «écharpe infinie» en papier à la maison, prenez une longue bande de papier et collez ses bords les plus courts en associant le coin supérieur gauche au coin inférieur droit et le coin inférieur gauche au coin supérieur droit. Puis dessinez des flèches pointant tout le long de l’objet. Vous devriez observer un phénomène étonnant et sympathique.

Les élèves de mon cours ont passé du temps à tricoter des objets, comme des écharpes et des bandeaux infinis, qui présentaient des différences, même lorsqu’ils étaient faits d’un matériau souple. L’ajout de marqueurs –comme des flèches– a permis de visualiser précisément comment les objets se différenciaient.

**Saveurs multiples

Si ce dont je vous parle ici vous semble sans rapport avec les mathématiques, j’insiste: c’est pourtant le cas. Les points abordés dans cet article –l’algèbre abstraite et la topologie– sont des sujets que l’on aborde à l’université, quand on étudie les mathématiques. Or, leurs enjeux sont accessibles à tous, si tant est que l’on dispose des bons outils de médiation.

D’après moi, ces différentes saveurs des mathématiques ne doivent pas être cachées au grand public, ou moins mises en avant que les mathématiques conventionnelles. En outre, des études ont montré que l’utilisation de matériel pouvant être physiquement manipulé peut améliorer l’apprentissage mathématique, quel que soit le niveau d’études.

Si davantage de mathématiciens étaient capables de faire un pas de côté par apport aux techniques classiques d’enseignement, il serait possible de battre en brèche cette idée fausse mais très répandue selon laquelle les mathématiques se réduisent au calcul. Et peut-être que plus de gens seraient séduits par le raisonnement mathématique.

Sara Jensen, Assistant Professor of Mathematics, Carthage College

La version originale de cet article a été publiée sur The ConversationTraduction: Monique Tedeschi, auteure de La Pédagogie Steiner Waldorf à la maison et du blog Chant des fées.

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*J‘aurais aimé que l’on me conseille ces œuvres quand j’avais 12 ans

Lucile Bellan — 28 août 2018 — Slate.fr

Des livres et des films capables de préparer la jeune fille que j’étais à la réalité du monde qui l’attendait.

** à 12 ans déjà, je me préparais au pire

J’ai eu 12 ans en 1997. À l’époque, je me rendais en vélo à la bibliothèque municipale de la ville moyenne la plus proche de mon village. Là, je remplissais mon sac à dos de livres. Je dévorais aussi tous les films sur lesquels je tombais chez mes parents. C’était presque l’âge de l’innocence. Avant American Pie, avant le premier porno lors d’un goûter d’anniversaire.

À 12 ans, je nourrissais encore le rêve fou de «devenir quelqu’un» et je vivais dans un monde de romans dont je n’avais pas encore réalisé qu’ils ne voulaient pas de moi. J’allais être plongée dans un monde d’hommes et, malgré moi, je m’y préparais.

En lisant Lolita de Nabokov et en dévorant Marguerite Duras, je me forgeais une image de jeune fille en fleur à la sexualité bouillonnante, prête à être dévorée par le monde. Quelque part, des grands classiques aux romans de gare, les livres m’entraînaient à devenir une femme que je ne voulais pas être.

**Nouvelles héroïnes de référence

Ma fille aînée va avoir 8 ans. Elle commence à s’attaquer à tous les livres qui lui tombent sous la main. Mais je ne veux pas que, comme moi, elle s’y plonge sans grille de lecture. Qu’ils la transforment avant qu’elle n’ait eu le temps de se construire.

Je me suis dit qu’il faudrait bientôt lui faire lire le comic I Kill Giants, de Joe Kelly et J. M. Ken Niimura. Il raconte l’histoire d’une pré-adolescente enfermée dans son monde de fantaisie sombre qui, en combattant des géants, refuse de combattre ses propres démons.

L’héroïne de I Kill Giants m’a touchée. Forte et fragile à la fois, elle impose son charisme aux autres joueurs de jeux de rôle (comme Donjons et Dragons) et malgré sa différence, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds à l’école. Elle souffre, mais elle contre-attaque. Le genre de leçon de vie qui vous forge, et que j’aurais aimé que l’on me fasse découvrir à l’entrée de l’adolescence.

Au cours de ces années de découvertes culturelles, pendant lesquelles je me suis construite au cinéma et dans les livres, j’ai pu repérér des motifs récurrents. Soit mes héroïnes de référence étaient beaucoup plus âgées que moi, soient elles étaient très sexualisées, soit le regard qui était posé sur elles était celui d’hommes –le fameux «male gaze». Je vous laisse imaginer ce que ce genre de culture peut faire comme dégâts sur une jeune personnalité fragile.

J’étais seule, avec mes livres, mais aussi avec un monde qui semblait attendre de moi des changements drastiques –dans mon look comme dans mon attitude. J’aurais voulu tomber à ce moment là sur La petite fille qui aimait Tom Gordon, de Stephen King. Même s’il est lui-même un homme, Stephen King s’est longuement penché sur la condition féminine, poussé par son épouse féministe.

La petite fille en question est perdue dans la forêt avec son sac à dos, quelques snacks et une radio portative. Trisha a 9 ans. Et elle vivra l’épreuve la plus difficile de sa vie avec un courage et un sens de la survie sans bornes. Elle combattra ses peurs et les ombres de la forêt pendant neuf jours.

Coincée dans les livres, je redoutais les bandes de filles. Elles me terrorisaient parce que je me sentais pas à la hauteur. Dans Foxfire (Confessions d’un gang de filles en version française), Joyce Carol Oates développe l’histoire d’une bande d’adolescentes d’un quartier populaire de l’État de New York, dans les années 1950. Féministe et vengeur, Foxfire porte la patte d’une époque particulièrement dure pour les femmes, dans une Amérique déjà profondément raciste.

 **Questionnements sur le futur

Et le beau, dans tout ça? Et l’espoir? Et la grâce et la délicatesse? Comme si je savais que les années qui allaient suivre n’allaient pas être de tout repos, j’avais le sentiment, à 12 ans déjà, d’être en train de me préparer au pire. Alors je dévorais le pire. Les films les plus tristes, les plus glauques, les livres les plus éprouvants (Moi, Christiane F 13 ans, droguée, prostituée). J’avais le sentiment que plus je serais endurcie et moins le monde pourrait me surprendre et me casser.

Après coup, j’ai découvert que je pouvais être touchée par le dessin de Mari Okazaki (Après l’amour, la sueur des garçons a l’odeur du miel) ou celui de Julie Maroh (Le Bleu est une couleur chaude).

J’ai appris à mettre du rouge à lèvres et à me faire femme-enfant avant d’être touchée par la littérature et le cinéma. Je savais que le monde allait me bousculer, je voulais me bousculer moi-même, ne pas attendre, être plus forte que la vague. De la même manière que les héroïnes de Céline Sciamma dans Naissance des pieuvres font le choix de passer les étapes toutes seules.

J’ai appris à être un objet de désir avant d’être amoureuse. Et à 12 ans, oui, j’en avais conscience. J’aurais voulu rire, j’aurais voulu être une jeune fille, presque encore une enfant.

J’aurais voulu être l’héroine du film 57.000 km entre nous, qui m’a fait pleurer parce que j’aurais pu, j’aurais dû être elle: une petite meuf grande gueule qui s’épanouit sur internet pour échapper à une famille toxique accro à l’image qu’elle renvoie.

Harasmiste également porte un autre regard sur la sexualité et le désir des jeunes femmes. Pas d’hommes dans la scène –ou un homme prétexte, un homme objet. On parle d’elles, et ça fait du bien. Entre les deux sœurs, il n’est pas question d’ego, juste de questionnement sain sur le futur, sur les femmes qu’elles deviendront ou qu’elles sont déjà.

**Regards différents

Enfin, j’aurais voulu voir à la télévision, au cinéma ou dans les livres des filles qui n’aiment pas seulement les garçons comme une évidence.

Dans ce sens, la série Everything sucks!, malheureusement arrêtée, dresse un portrait juste et touchant d’une jeune femme qui décidé d’assumer qui elle est vraiment, c’est-à-dire une femme lesbienne. Et elle se rend compte malgré elle que ce chemin qu’elle accomplit concerne aussi ses proches.

Quand ma fille aura 12 ans, je pense que je lui laisserai un accès illimité à la culture, comme j’ai eu la chance d’en profiter.

J’espère juste qu’elle aura l’occasion, dans ma bibliothèque, de trouver plus de livres d’autrices, plus de films de réalisatrices, plus de regards différents. Qu’elle puisse se construire autrement que via des drames par anticipation ou une vision de la sexualité qui ne l’intéresse pas. Aujourd’hui, je crois que c’est possible.*Slate.fr / Lucile Bellan — mardi 28 août 2018 

**vidéos:Naissance des pieuvres

**EVERYTHING SUCKS Bande Annonce Teaser (2018) Série Adolescent

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*Ils ont trahi notre combat !

*un livre de Zoulikha Bekaddour, aux éditions Koukou-Novembre 2014

Plumes de femmes

C’est un cri du cœur, un cri de révolte que ce livre de Zoulikha Bekaddour, moudjahida, paru aux éditions Koukou, qui, à travers un récit autobiographique, retrace les différentes étapes de son combat. Zoulikha a essayé de ne pas trahir la vérité sans fioritures et sans en rajouter. «Plus qu’un récit, ce livre est un réquisitoire contre celles et ceux qui, sans état d’âme, n’entendent ni le langage du cœur ni celui de la raison», écrit-elle dans ce livre, agrémenté d’un «poème de prison» de Zhor Zerrari et introduit par son amie Khaoula Taleb Ibrahimi, professeur de sciences du langage à l’université d’Alger.

Cet ouvrage de près de 250 pages se lit d’un trait, truffé de faits méconnus et parfois croustillants. De la prise de conscience, pendant sa jeunesse à Tiaret où elle est née en 1934 à son engagement politique alors qu’elle était encore lycéenne, Zoulikha nous conte ses militances au sein de l’Ugema à l’université d’Alger où elle entamait sa propédeutique en lettres en 1955. C’est là qu’elle fit la connaissance d’illustres hommes comme Amara Rachid, André Mandouze, Maurice Audin et bien d’autres.

L’auteur évoque la grève des étudiants le 19 Mai 1956, sa clandestinité à Oran et son arrestation avec Jacqueline Orengo, qui deviendra l’épouse de Ali Tadjer, responsable des SMA. Le 17 novembre 1956, Zoulikha est incarcérée au lendemain de l’arrestation d’El Hadj Benalla à la prison centrale d’Oran. Elle est condamnée en mars 1957 avec Eveline. Elle écope de 10 ans de privation de droits civiques et est assignée plus tard à résidence surveillée. Zoulikha est expulsée à Versailles en 1960 et exilée à Tunis.

Là, le GPRA la délègue en tant que missionnaire à Budapest et à Baghdad. A l’indépendance, après moult pérégrinations dans l’ouest du pays, elle exerce en qualité de conservatrice en chef à la bibliothèque universitaire. Mais elle est inexplicablement «remerciée» en 1986 par le ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque. Elle considère cette décision injuste et arbitraire. Zoulikha confesse qu’àprès les rêves de lendemains qui chantent l’Algérie a été «désillusionnée» avec le fiasco de l’arabisation et l’espoir brisé d’Octobre 1988.

Déjà au début de son témoignage, Zoulikha avait donné le ton : «Je n’ai aucun penchant pour les poncifs, mais je ne peux m’empêcher de dénoncer la mascarade du dictateur austère en mal d’identité qui a usurpé les noms de deux saints d’Oran et de Tlemcen.» D’autres amabilités de ce genre sont contenues dans ce livre, par ailleurs bien illustré par des photos d’époque, parfois inédites, de Nacima Hablal, de Benalla, du Dr Nekache, du colonel Lotfi… A lire, curieux ne pas s’abstenir. Le livre est disponible au SILA.*Hamid Tahri*El Watan-28.10.2014 

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*Lydie Salvayre reçoit le prix Goncourt

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La Française Lydie Salvayre a été couronnée mercredi par le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, pour un roman sur la guerre d’Espagne, devançant les deux grands favoris, l’Algérien Kamel Daoud et son compatriote David Foenkinos.

« Pas pleurer » a été préféré par les jurés au 5e tour de vote, par 5 voix contre 4, au roman de Daoud, « Meursault contre-enquête ». « Je suis très heureuse, je suis très émue », a réagi Lydie Salvayre, les larmes aux yeux, en se faufilant dans la cohue des journalistes rassemblés au restaurant Drouant, dans le centre de Paris.
Tradition Comme le veut la tradition depuis 1914, c’est de ce restaurant que sont annoncés les lauréats des prix Goncourt et Renaudot, dans l’effervescence médiatique.
Récit Son roman est hanté par la figure de l’écrivain Georges Bernanos et la voix de sa propre mère qui lui raconte au soir de sa vie l’insurrection libertaire de 1936 en Espagne. « Pas pleurer » est aussi une histoire d’amour impossible entre deux jeunes gens issus de milieux sociaux et de clans républicains différents. « Roman d’une grande qualité » « Nous avons d’abord couronné un roman d’une grande qualité littéraire, un livre à l’écriture très originale, même si je regrette qu’il y ait parfois trop d’espagnol », a souligné Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt. Le Renaudot pour David Foenkinos David Foenkinos, qui était l’autre grand favori du Goncourt, a obtenu le prix Renaudot, décerné dans la foulée, pour son roman « Charlotte », cri d’amour pour Charlotte Salomon, jeune artiste juive allemande assassinée à Auschwitz à 26 ans. L’auteur de « La Délicatesse », énorme best-seller au million de ventes, porté à l’écran, fait revivre avec passion dans ce livre le destin tragique de cette jeune femme.
Concurrence Pour le Renaudot, il faisait face à quatre autres finalistes, dont la mégastar belge Amélie Nothomb, traduite dans une quarantaine de langues. Elle était en lice avec son 23e roman, « Pétronille », fresque picaresque dont les héros sont le champagne, la France et l’amitié.*mercredi 5/11/14 -Source: Belga

*Prix Femina pour la violente beauté de « Bain de lune »

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L’Haïtienne Yanick Lahens a reçu lundi le prix Femina pour « Bain de lune » (Editions Sabine Wespieser). Pour le prix Femina étranger, le jury a choisi l’Israélienne Zeruya Shalev avec « Ce qui reste de nos vies » (Gallimard).

Grande figure de la littérature haïtienne et engagée dans le développement social et culturel de son pays, Yanick Lahens est née à Port-au-Prince en 1953. Elle a été choisie au 2e tour par six voix contre quatre à Marie-Hélène Lafon pour « Joseph ».
Son roman est d’une violente beauté sur son pays, traversé par la destruction, l’opportunisme politique, les familles déchirées, mais aussi les mots magiques des paysans.
« Je suis très contente. La reconnaissance fait du bien et je suis surtout sensible au fait que le jury a compris que cette histoire, si elle se passe en Haïti, est universelle », a déclaré Mme Lahens.
Zeruya Shalev a été distinguée au quatrième tour par cinq voix, contre quatre au romancier irlandais Sebastian Barry. « Ce qui reste de nos vies » est une envoûtante variation, au soir de la vie d’une mère, sur les mystérieux liens tissés entre parents et enfants.*3/11/2014 -Source: Belga

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*Bouquins écrits pour et par des filles

Au diable la chick lit!

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 La chick lit, c’est le terme marketing qui désigne tous ces bouquins spécialement écrits pour et par des filles, aux couvertures roses avec des escarpins à talons, généralement construits autour de quelques sujets primordiaux, à savoir les mecs, les copines et le shopping.Quand la tendance a commencé, on a adoré l’humour désopilant de Bridget Jones, une héroïne dans laquelle toute une génération de célibataires désespérées et un peu folles s’est reconnue. On a lu avec beaucoup de plaisir coupable les aventures de Becky Bloomwood, L’accro du shopping, en se disant qu’il y avait finalement pire que nous en matière de budget massacré par une énième robe à pois. Et oui, on a aimé découvrir les coulisses du monde impitoyable d’un magazine de mode dans Le diable s’habille en Prada.

Bref, la chick lit, on l’avoue, ça nous a quand même bien plu. Mais trop de drames superficiels tuent le genre. Le Daily Mail révèle aujourd’hui que les ventes de la littérature de poulette ont chuté dramatiquement cette année. »C’est une période très difficile pour la fiction féminine en ce moment. De nombreux auteurs sont au plus bas de leurs ventes », explique Martin Higgins, directeur des ventes d’une maison d’édition.

Il attribue également le désintérêt des lectrices à la hausse des prix en général, et particulièrement des courses alimentaires, puisque les femmes avaient pris l’habitude d’acheter leur bouquin de chick lit au supermarché. Elles se sont peut-être aussi légèrement lassées de ces héroïnes de papier, aux cheveux toujours brillants, qui hésitent pendant dix mille ans entre deux prétendants pour finalement choisir le plus riche à la fin, après s’être réconciliée avec leur meilleure amie très marrante et avoir décroché le job de leurs rêves, dans un domaine glamour évidemment. (CD-06.10.2011.)

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*L’homme du sixième

Elle entre dans l’ascenseur et les portes se referment sur sa déception.
Elle appuie sur le bouton en poussant un soupir triste. Ce n’est encore pas ce soir qu’elle revivra cet instant exaltant qu’elle a connu, il y a un an, un an déjà…
Elle habite au 8ème étage d’un immeuble en L.
Depuis la porte fenêtre devant laquelle elle a installé son bureau, elle voit l’homme qui habite au 6ème étage de l’autre branche du L. Il est assis lui aussi devant son ordinateur. Enfin quand elle dit qu’elle le voit, ce n’est pas tout à fait vrai : elle voit juste son avant bras ;
On peut être émue par le sexe d’un homme, par ses fesses, ses yeux, son sourire, que sais-je encore… elle, c’est ce bras musclé couvert de duvet qui blondit en été lorsque sa peau devient dorée, prolongé par cette main aux longs doigts fuselés, toujours en mouvement lorsqu’ils s’agitent sur le clavier ou tapotent sur le rebord de la porte fenêtre.
Alors elle devient jalouse du clavier qu’il touche, de la vitre qu’il frôle. Elle peut rester des heures devant sa fenêtre ; Son cœur fait des bonds quand il se lève pour être happé par le reste de son appartement mais il devient carrément douloureux quand il revient s’asseoir. Sa respiration s’accélère, sa peau devient moite, puis tout s’apaise progressivement, tout sauf son imagination. Elle se demande ce qu’il fait sur cet ordinateur, ce qu’il regarde, avec qui il correspond, est-ce qu’il écrit des mots d’amour en réponse à ceux qu’une femme lui envoie ? Parfois il s’adosse à son fauteuil dans un mouvement brusque et laisse pendre son bras comme si, découragé, il voulait prendre de la distance, mais toujours il y revient et jusqu’à une heure avancée de la nuit. Quand il se lève et que sa lumière s’éteint, elle reste seule, désemparée et il ne lui reste plus qu’à imaginer la douceur et l’audace de ses caresses. Lorsque elle ferme les yeux, elle peut sentir ses doigts se perdre dans ses cheveux, effleurer ses joues, descendre le long de son cou, s’attarder sur sa poitrine … c’est toujours à ce moment là qu’elle s’endort, épuisée d’avoir veillé si longtemps.
Souvent, il porte une chemise aux manches relevées ou un tee shirt sur un jean bleu, parfois noir. L’été dernier, un dimanche matin, il était torse nu ne portant qu’un caleçon à rayures violettes et parmes sur une jambe musclée et velue. Mais ce n’est pas tant cette jambe qui la fait fantasmer, c’est le mystère de cet homme. Elle ne sait rien de lui. Il est le pur produit de son imagination avec seulement le détail de ce bras gauche pour le rattacher à la réalité.
Un soir, en rentrant du travail, elle s’était trouvée avec un homme devant les ascenseurs. Il y a deux ascenseurs à la jonction des deux branches du L. Un grand et un petit. C’est le petit qui était arrivé le premier. Les portes s’étaient ouvertes, l’homme s’était effacé pour la laisser entrer et les portes s’étaient refermées, les enfermant dans une intimité partagée…
Il avait demandé à quel étage elle allait et avait appuyé sur le 8 puis sur le 6. Elle avait cru qu’elle allait s’effondrer. Elle avait du mal à respirer. Elle sentait sur elle son regard qui commençait à s’inquiéter.
Elle était sûre que c’était lui mais elle était tellement émue qu’il lui était impossible de le regarder. Pourtant dans ce tout petit ascenseur, sa poitrine touchait presque la sienne, mais elle n’arrivait pas à lever les yeux plus hauts que la hauteur de son cou. Ça aurait pu, ça aurait du être le moment idéal pour qu’elle l’examine, ne serait-ce que pour savoir s’il était à la hauteur de ses rêves.
Etait-il jeune, vieux, beau, laid, quelconque ? Elle n’en avait pas la moindre idée. Tout ce sur quoi son regard se concentrait se situait dans l’échancrure de sa chemise, qui, croit-elle s’en souvenir, était à carreaux bleu marine et jaune, mais sans qu’elle puisse l’affirmer avec certitude : prête-t-on seulement attention au cadre quand on admire une peinture ?
Là, il n’y avait qu’un tout petit triangle de peau nue, juste à la base de cou, un peu au dessus de la jonction des clavicules. Un petit triangle de peau nue qui palpitait de vie. Un petit triangle de peau nue qui lui donnait l’envie irrépressible d’y poser ses lèvres pour lui dire tout l’amour qu’elle ressentait pour cette vie qui battait là. Simplement la vie.
Lorsque l’ascenseur s’était arrêté au 6ème, il y avait eu une légère secousse et elle avait laissé échapper ses clefs. Il s’était aussitôt baissé pour les ramasser et ses cheveux avaient frôlé son bras nu, provoquant un long frisson. Il les avait déposées dans sa main, mais avant qu’il ne puisse sortir, les portes s’étaient refermées et l’ascenseur avait repris sa montée jusqu’au 8ème. Lorsqu’elles s’étaient rouvertes, elle n’avait pas bougé. « Vous vous sentez bien, Madame ? Ça va aller ? ». Elle avait vaguement secoué la tête et était sortie sur le palier. L’ascenseur était redescendu, la laissant brisée sur la moquette élimée.
Cela fait plus d’un an que cette rencontre a eu lieu. Cela fait plus d’un an qu’elle se traite d’idiote d’avoir laissé passer sa chance. Cela fait plus d’un an qu’elle retient son souffle chaque fois qu’elle entre dans l’ascenseur, dans l’espoir qu’il y monte avant que les portes ne se referment. Cela fait plus d’un an que chaque jour, en regardant par sa fenêtre, elle revit ce frisson voluptueux en voyant ses longs doigts fuselés s’agiter au dessus du clavier.
Et lui, il n’en saura jamais rien… !

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*Le temps des cerises

**J’étais amoureuse.
Pour la première fois.

La première fois que je l’ai croisé, c’était par une belle après-midi de printemps ; je m’en souviens parfaitement.
Il était apparu devant moi dans un soleil radieux, comme dans un rêve. Je sens encore la chaleur envahir mes joues, mon cœur battant, la moiteur de mes mains. Il voulait m’aider, porter le gros sac que je tentais de soulever. Il était beau, grand, le regard azuré, et il me regardait, moi, la jeune fille qui n’avait pas confiance en elle dans sa jupe informe et son chemisier mal cintré, moi parmi toutes. La seule qu’il désirait ! Il me l’avait confié, après notre premier baiser sur le banc, en haut de la colline.
Dès lors, nous avions pris l’habitude de nous retrouver dès que nous le pouvions, même pour quelques minutes. Souvent, il me prenait la main sans raison, me couvrait de son regard bienveillant, caressait mes cheveux religieusement. Avec lui, le noir et blanc quotidien s’estompait, mes jours se teintaient d’une couleur vive et inconnue, j’apprenais son langage, je découvrais le mien.
J’étais amoureuse.
Pour la première fois.

Aujourd’hui encore, j’y pense.
Ses boucles blondes sur mon épaule, son odeur sur mes lèvres, sa peau contre la mienne.
Cet élan surprenant du cœur quand il sait.
Tout me revient comme un boomerang. Nos balades à la nuit tombée, l’éclat de son rire, nos serments de jeunesse, je n’ai rien oublié.
Je dois même avouer que depuis la vente de la maison et le déménagement récent, je rêve de lui toutes les nuits. C’est toujours le même scénario : il me sourit, s’approche de moi, me prend par la taille et m’indique une direction le regard au loin ; alors je me réveille et mets quelques minutes à réaliser que je suis dans ma chambre, seule.
Sans lui.
Je voudrais le revoir, lui parler.
Depuis plusieurs jours cette idée ne me quitte plus.
Elle m’obsède.
J’essaie d’imaginer sa surprise, son allure, notre conversation, sa nouvelle vie…mon émoi.
Je me surprends.
Je ne pense plus qu’à lui maintenant.
J’ai l’impression d’avoir 15 ans.
Je le vois partout. A tel point qu’hier, lorsque l’assistante est venue pour régler les détails de mon emploi du temps, j’ai cru, une fraction de seconde, l’apercevoir par la fenêtre, traverser le parc.
Il me hante, littéralement, nuit et jour.
Je n’y tiens plus.
Je ne réfléchis pas. Je saisis le petit boitier noir toujours à portée de main et me mets à tapoter machinalement, presque mécaniquement.
Ça sonne, j’attends.
Ça sonne encore… je réalise la portée de mon geste. Et s’il ne voulait pas me parler ?…
Ça sonne toujours … je me raidis.
Soudain, un vacarme effroyable dans le couloir me sort de ma torpeur ; à peine ai-je le temps de sursauter que je suis aussitôt aveuglée par un rai de lumière blanchâtre. Je ne comprends pas ce qui se passe, d’instinct je cherche à atteindre la porte mais dans l’affolement mon pied heurte quelque chose au sol que je ne distingue pas. Toujours éblouie, je trébuche, perds l’équilibre et dans ma chute, lâche le combiné…
- C’est la 115 ? demande Claire tout en boutonnant le haut de sa blouse blanche.
- Oui, c’est la nouvelle, elle déclenche l’alarme régulièrement depuis son arrivée. Elle fait des crises de somnambulisme, elle croit joindre son mari, répond Odile occupée à classer une pile de dossiers.
- Quel âge a-t-elle ? interroge Claire affairée maintenant à récupérer une trousse de soins dans l’armoire.
- Quatre-vingt –douze ans. Son mari est décédé il y a quelques mois à peine, c’est difficile. D’autant qu’il a été, si j’ai bien compris le seul homme de sa vie. Plus de soixante-quinze ans d’amour…
En disant cela, Odile s’était levée de son poste de travail pour s’approcher de la fenêtre ; elle avait cru, un instant, apercevoir au loin, une silhouette traverser le parc.

*source: .aufeminin.com/ecrire-aufeminin/

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*une mission professionnelle à New York

New York, fin de l’été, une pluie battante s’abat sur le macadam, le vent souffle si fort qu’il me fouette le visage. Ma mission professionnelle s’achève dans tout juste 3 semaines, après 6 mois passés dans la grosse pomme. Bientôt je serai de retour sur le sol français et serai enfin de retour dans ma famille. Quelle belle aventure que cette mission, je ne regrette pas d’avoir saisie cette opportunité. Comme chaque matin depuis mon arrivée et avec le même plaisir quelque soit la météo, j’apprécie de faire le trajet qui m’emmène au bureau à pieds. Encore quelques pas sous la pluie et j’arrive à destination, je m’engouffre dans le building, je monte dans l’ascenseur vide et j’appuie sur le bouton qui va m’emmener au 16ème étage. Enfin à l’abri, je retire mon imper détrempé, je recoiffe d’une main mes cheveux en bataille. 3ème étage, les portes s’ouvrent, elle entre dans l’ascenseur et les portes se referment. Inévitablement nos regards se croisent, elle me sourit. Je lui souris en retour, elle m’adresse un signe de tête. Une sensation étrange m’envahit, je ne peux détacher mes yeux des siens. Les battements de mon cœur s’accélèrent, je suis parcouru de frissons, j’ai comme des papillons dans le bas ventre. Je n’arrive pas à détacher mon regard du sien, c’est comme-ci je plongeais en elle, je réalise à cet instant que j’affiche depuis qu’elle est entrée dans l’ascenseur un sourire béat. Elle va me prendre pour un idiot ! Marié, proche de la cinquantaine, père de 2 enfants, je suis un époux fidéle et amoureux depuis près de 20 ans. Je n’ai jamais ressentit ce genre de sensations avant aujourd’hui, c’est comme-ci j’étais retombé à l’adolescence. J’ai l’impression de la connaître depuis toujours. Elle me dévisage je sens que je rougis, des gouttes de sueur perlent sur mon front, il faut que je me ressaisisse. Je décide d’entamer la conversation et bafouille quelques mots, parle de la météo maussade qu’il fait sur New York depuis quelques jours, je lui parle en français comme-ci je savais d’avance qu’elle parlait la même langue. Affichant un large sourire, elle se dirigeât vers moi une main tendue que je m’empressais de serrer. Elle se présenta en parfait français, elle arrivait tout juste dans la capitale pour prendre prochainement ses fonctions dans un nouvel emploi, elle avait l’air d’être aussi troublée que moi. Nos mains restaient entrelacées, une chaleur agréable m’envahissait. J’aurais voulu à cet instant que le temps s’arrête pour profiter de cet état de béatitude plus longtemps mais déjà l’ascenseur arrivait à destination, nos mains se séparèrent, je m’apprêtais à descendre de l’ascenseur à regrets. Mes pensées se bousculaient, je me disais que je n’allais jamais la revoir et que c’était un mal pour un bien vu dans l’état ou sa présence me mettait. Ma vie allait reprendre son cours, cette pensée me rassura au fond. Je m’apprêtais à lui souhaiter une bonne journée et fus surprit quand je vis qu’elle m’emboîtait le pas. Je me mis à trembler lorsqu’elle passa près de moi et que son corps me frôla. Il fallait que je parvienne à maîtriser mes émotions ! Lorsque nos regards se croisèrent de nouveau nous fûmes gagnés par un fou rire commun. Il nous fallut plusieurs minutes pour retrouver nos esprits et pouvoir engager plus naturellement la conversation. Au travers des explications qu’elle me donnait je compris qu’elle était la personne qui avait été recrutée pour me remplacer après mon départ, celle qu’on m’avait demandé tantôt de former sur son futur poste de travail les 3 semaines qui précédées mon départ.

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*Juste pour un baiser

Les minutes se dispersent, cent vingt-trois exactement…
La porte du restaurant s’ouvre et se ferme, il a les yeux rivés sur ce battant de bois, brûlants à force de fixer sans ciller cette ouverture version espoir.
Elle avait dit midi. Il était dans la rue vers onze heure, fébrile. Faisant les cent pas, feignant de s’intéresser aux vitrines des boutiques chics alors qu’il regardait dans leurs reflets les gens passant derrière lui, espérant une silhouette fine et brune, des yeux clairs et un sourire à faire fondre un iceberg.
Quel con! Elle lui avait sûrement posé un lapin.
Quatre whiskies qu’il s’était enfilé, un par demi-heure, siroté lentement pour tromper son angoisse. ça n’était pas son genre, l’alcool embrumait trop vite son cerveau, c’était une chose qu’il détestait, il aimait rester maitre de la situation.
Les événements, il les subissait comme beaucoup de crétins avant lui. Il savait que c’était une connerie, il l’avait su des qu’elle avait posé ses lèvres sur les siennes
La sœur de son meilleur ami.
Il n’avait jamais pu la supporter et pourtant il était là bavant comme un chien nerveux attendant son maitre.
Deux heures et onze longues minutes. L’écran lumineux de son Smartphone battait la mesure de sa déconvenue.
Le vernissage de son exposition quinze jours plus tôt avait tout déclenché, Tim était venu accompagné de sa sœur. Il avait été étonné de la voir ça faisait trois ans qu’elle était partie à Paris pour y suivre des études de journalisme, elle avait changée. L’adolescente dégingandée aux allures de garçon manqué s’était muée en une jeune femme ravissante. Exit la salopette trop grande et les croquenots, elle était vêtue pour l’occasion d’une robe légère rappelant le bleu de ses yeux et de talons hauts. Timothée lui avait fait un clin d’œil en le voyant bouche bée devant sa petite sœur.
-Je ne présente pas Alice avait-il susurré d’un air idiot.
Il n’avait pas eu le temps d’esquisser un geste qu’elle se pendait à son cou avec un naturel désarmant.
-Noé! je suis tellement contente de te voir. Deux baisers sur sa joue, un sourire lumineux. Elle avait l’air sincère, il avait bafouillé une ineptie:
-Tu es devenue… une femme.
Ce à quoi elle avait répondu en riant qu’il y avait un moment qu’elle l’était, elle approchait des vingt- deux ans. Il n’avait pu s’empêcher de penser qu’il n’y avait pas tant de différence entre eux.
-Vous allez commander Monsieur?
Le serveur venait de lui poser la question pour la vingtième fois, une légère exaspération dans la voix.
-Une salade landaise et un café s’il vous plait.
Il avait l’air d’un imbécile, toutes les personnes présentes dans le restaurant devaient se douter qu’elle ne viendrait plus, il était le seul à y croire encore.
La demie de quatorze heure avait sonné.
Tout cet alcool qu’il avait ingurgité lui retournait l’estomac. Brume liquide.Nausée assurée.
Dans ses vapeurs enivrées il se souvenait:
La gamine qui les suivait en douce lui et Timothée des qu’ils s’esquivaient pour sortir et faire des conneries de leur âge. Une sauvageonne, la tignasse emmêlée, des grenouilles blotties au creux de ses poches et un air farouche qui dissuadait Noé de lui parler, elle le bousculait pourtant bien volontiers ce qui ne lassait pas son frère de l’engueuler en murmurant à Noé:
-Elle est amoureuse de toi c’est sûr!
Il haussait les épaules, Tim était ridicule, c’était une gamine, un petit cailloux dans sa godasse, une empêcheuse de tourner en rond.
la salade était posée devant lui, il fixa l’assiette avec dégout et réprima une brusque envie de vomir.
Le cocktail avait été animé, beaucoup de gens étaient venus…A son étonnement quelques commandes avaient même été passées. On l’avait félicité comme il se doit, ses souvenirs étaient confus, des compliments chuchotés, des baisers qui claquent sur sa joue, et les verres de champagnes disséminés ça et là, il en avait toujours un à la main sans qu’il se souvienne qui l’y avait déposé. Tout le monde voulait trinquer avec lui alors il s’y soumettait de bon gré. La musique douce était couverte par le brouhaha des conversations qui lui faisait tourner la tête. Une migraine s’installait, lancinante, trop d’émotions, d’espoir; son travail allait enfin être reconnu. Il se souvenait vaguement d’une main douce qui passait sur son front, un comprimé fondait dans son verre et une voix tendrement moqueuse lui intimait de se reprendre.
Quelque amis étaient restés après, ils avaient mangé des pizzas, sa veste abandonnée sur une chaise il s’était enfin senti mieux, libéré de tout le stress occasionné par l’événement.
Il lui avait proposé de la raccompagner chez elle, elle avait accepté précisant qu’elle préférait y aller à pieds, la nuit était claire, tiède. Ils avaient marché un moment en silence puis elle avait glissé sa main fine dans la sienne en souriant effrontément:
-Tu sais j’étais dingue de toi quand nous étions des gosses.
Il avait soulevé un sourcil étonné;
-Tu me cognais dès que tu en avais l’occasion…
-C’est ça… dingue de toi!
Il avait éclaté de rire en disant que les femmes étaient une énigme pour lui, même les petites.
Devant sa porte elle l’avait embrassé subitement, un baiser très doux, un effleurement qui ne l’avait pas laissé indemne. Elle lui avait glissé à l’oreille ce rendez-vous, cette improbable rencontre qu’elle désirait, pour refaire connaissance avait-elle dit.
Il avait plongé et se rongeait depuis des heures dans cet endroit, laissant sa salade se flétrir dans son assiette, la vue brouillée par les verres qu’il avait ingurgités, seul, perdu.
Il décida qu’il était temps de partir, revenir à la réalité.
Une fois la porte refermée derrière lui il fit quelques pas puis, chancelant, s’appuya contre un mur, les yeux fermés, effroyablement triste sans qu’il sache vraiment pourquoi.
Ce fut le claquement de talons sur les pavés qui le fit se retourner, une étincelle d’espoir naissant au creux de sa poitrine; ce fut un: ‘Ma voiture ne voulait pas démarrer’…penaud, qui le fit éclater de rire.
Ce fut juste ça qui le ramena à la vie.

*source: .aufeminin.com/ecrire-aufeminin/

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